July 31, 2011

Les Étés de la Danse

Dans le cadre de la 7e édition des Étés de la Danse, le Théâtre du Châtelet présente le Miami City Ballet, accompagné de l'Orchestre Prométhée. Les représentations sont composées chacune de trois ou quatre chorégraphies. Parmi elles, l'ensemble Ballet impérial, Afternoon of a faun, Liturgy et Nine Sinatra songs.

Le Ballet impérial ouvre le spectacle. Créé à l'origine par George Balanchine en 1941, sur une musique de Tchaïkovski, c'est une chorégraphie classique qui met en scène une trentaine de danseurs. Le début peut parfois sembler un peu hésitant, mais rythme et technicité vont croissant, avec de magnifiques ensembles. De la danse classique tout en grâce.

Viennent ensuite deux ballets d'environ dix minutes chacun. Les plus courts et les plus séduisants du spectacle. Afternoon of a faun s'inspire de la célèbre chorégraphie créée par Nijinski en 1912 sur la musique de Claude Debussy. Celle-ci, L'après-midi d'un faune vue par Jerome Robbins, est un pas de deux sobre et moderne : décor épuré d'une salle de danse, façon échauffement à la barre et au sol. Le faune et la nymphe font un éloge parfaitement maîtrisé de la rêverie et de la lenteur. L'idée de Jerome Robbins est lumineuse.

Puis vient Liturgy, chorégraphie contemporaine de Christopher Wheeldon pour deux danseurs, un homme et une femme : magnétique. La musique (Arvo Pärt), la lumière et les corps (bras, pieds, jambes, beaucoup de bras) sont en symbiose du début à la fin, le rythme transporte le spectateur hors du temps et de la pesanteur, pour un instant d'une pure beauté. Katia Carranza et Isanusi Garcia-Rodriguez en donnent une interprétation sensationnelle.

Enfin la danse de salon. Sept couples dansent sur les airs les plus connus de Frank Sinatra, chorégraphiés par Twyla Tharp. Les danses sont toniques et pétillantes, drôles même, et les danseurs enchaînent les portés les plus acrobatiques.

Bref, le spectacle s’avère plus que plaisant. Il est de grande qualité et reste accessible à tous les publics. En effet, ce type de format, plusieurs petits ballets très différents en une soirée, est de plus en plus fréquent dans les théâtres, pour le bonheur des spectateurs. Il sied tout particulièrement à la période de l'été, pour présenter la danse à la façon des festivals. Adhésion garantie.

Les Étés de la Danse - 7e édition
Du 6 au 23 Juillet 2011
Théâtre du Châtelet
Place du Châtelet
Paris — 75001
France
www.chatelet-theatre.com

May 25, 2011

Les mots

Dans La tante Julia et le scribouillard, Mario Vargas Llosa nous livre un récit d'inspiration autobiographique, écrit à la première personne : Varguitas a dix-huit ans et rêve de devenir écrivain. Il tente de faire publier les nouvelles qu'il écrit pendant le temps que lui laissent d’ennuyeuses études de droit et son petit emploi de journaliste dans une radio de Lima. Il tombe amoureux de Julia, sa tante par alliance, de quinze ans son aînée et récemment divorcée.

Le roman nous conte ainsi les amours semées d'embûches de Julita et Varguitas, tandis que s'y imbrique l'univers très sud-américain des feuilletons radiophoniques. Comme les auditeurs péruviens, nous suivons les épisodes que Pedro Camacho, l'écrivain à succès si prolifique, fait naître de son imagination apparemment insatiable. Mais bientôt la machine se dérègle et les personnages radiophoniques se mélangent. Pourtant, alors que l'on se lasse un peu de ces histoires qui dégénèrent, les projets du narrateur nous tiennent de plus en plus en haleine. Et les deux lignes du roman se rejoignent ici, dans une réflexion sur l'écriture qu'annonçait déjà l'épigraphe. Qu'est-ce qu'écrire ? Quels sont les critères qui permettent de désigner quelqu'un comme écrivain ou comme journaliste ? Peut-on vivre de l'écriture ? Jusqu'où l'écrivain maîtrise-t-il ses personnages ? Telles sont les questions que se pose notre jeune narrateur et aspirant écrivain pendant qu'il observe avec admiration Pedro Camacho au travail. Ce qui permet en plus à Mario Vargas Llosa de jouer avec les idées reçues, nombreuses en la matière.

Dans ce roman volubile, l'auteur montre aussi qu'il aime les mots. La langue est à l'image de tante Julia, rapide et "fraîche comme une laitue". Les mots foisonnent, surgissent joyeusement et nous surprennent. Une richesse de vocabulaire et une légèreté de ton qui se savourent avec jubilation.

Or malgré le déclin et jusqu'à la fin, Pedro Camacho garde sa supériorité grâce aux mots qu'il emploie. Aurait-on trouvé là l’une des caractéristiques des grands écrivains ? Assurément, et nous en avons un parfait exemple sous les yeux. Parfait côté romancier, bien sûr. Quant à l’homme et sa volte-face politique, c’est une autre histoire.

La tante Julia et le scribouillard / Mario Vargas Llosa ; traduit de l'espagnol par Albert Bensoussan.
[Paris] : Gallimard, impr. 2010. - 469 p. - Collection Folio.
ISBN 978-2-07-037649-0.

March 08, 2011

Pichulita tombera

Dans l’œuvre de Mario Vargas Llosa, Les chiots est un petit récit qui passe presque inaperçu.
C’est pourtant un véritable roman, poignant et grave, qui ne s’oublie pas. Il retrace toute la vie du jeune Cuéllar, surnommé Pichulita / Petit-Zizi après avoir été mordu aux parties génitales par un chien. Dès lors, il s’enfonce inexorablement dans le malheur.
Car il s’agit bien d’une chute, ou plutôt d’une agonie, d’une lutte pour se maintenir à flot, comme ces images de Cuéllar nageant dans les vagues de Lima. On y est irrésistiblement attiré jusqu’à la fin, dans un enchaînement terrible.
Les phrases sont tantôt jeunes et vives, sautillantes comme les personnages, tantôt morcelées et fragiles comme le héros, mais les métaphores sont cruelles comme la société péruvienne qui le rejette.
Avec une pointe de réalisme magique, le style adopté par l’auteur s’avère extrêmement original, les voix s’entremêlent mais le point de vue reste extérieur : nous assistons, impuissants, à la descente aux enfers du pauvre Cuéllar.
La fin du roman est sèche comme la condamnation, pour la première fois explicite, de Cuéllar par ses meilleurs amis. Eux ont choisi – ils l’ont pu – le bon camp, celui des personnes bien sous tous rapports. Cynique et marquant.

Les chiots = Los cachorros / Mario Vargas Llosa ; traduit de l'espagnol, préfacé et annoté par Albert Bensoussan.
[Paris] : Gallimard, impr. 2010. - 126 p.-16 p. de pl.
Collection Folio bilingue.
ISBN 978-2-07-038435-8.