October 30, 2010

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage...

Il est de ces choses précises que l’on recherche en vain pendant très longtemps. Pour moi il en était ainsi d’un livre sur la mythologie grecque. Le livre se devait d’être parfait, remplir toutes les conditions : être complet et agréable sans provoquer une indigestion. Il y eut quelques déceptions, comme La mythologie pour les nuls. Puis plus rien.

Et un jour, par hasard, au détour d’un rayon, il est apparu : La mythologie : ses dieux, ses héros, ses légendes, par Edith Hamilton. Parfait, peut-être pas tout à fait car ce petit livre, peu coûteux il est vrai, révèle vite une reliure de piètre qualité et d’innombrables coquilles. Mais peu importe. Le contenu, lui, est solide.

Tout y est, ou presque : Persée, Thésée et son règne sur Athènes, Hercule, la conquête de la Toison d’Or, Ulysse et son odyssée, Enée, Œdipe, les Danaïdes… Les histoires vivent d’elles-mêmes comme de petites nouvelles. Elles peuvent être lues indépendamment les unes des autres. En même temps, elles font le lien qui nous manquait parfois entre des personnages ou des événements et nous rappellent les origines de certains noms. Le sacrifice d’Iphigénie et la guerre de Troie, Charybde et Scylla, Pygmalion, Europe ou encore la chèvre Amalthée.

Détail essentiel, avant chaque légende l’auteur cite ses sources et ce qu’elle leur a emprunté, des Latins Virgile ou Ovide aux Grecs Homère, Eschyle, Sophocle, Euripide et Apollodore, pour ne citer qu’eux.
Enfin, ni ampoulé ni faussement amical, le style est simple, avec un petit accent kitsch qui sied parfaitement à la mythologie.

Ah oui, au fait : la première édition de cet ouvrage date de 1940… Comment dit-on déjà ? C’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe.

La mythologie : ses dieux, ses héros, ses légendes / Edith Hamilton ; traduit de l'anglais par Abeth de Beughem.
Alleur (Belgique) : Nouvelles éditions Marabout, 2006.
1 vol. (450 p. et 32 p. de planches) ; 18 cm. Index.
ISBN 978-2-501-05296-2.
6,90 €

January 18, 2009

Pollock in detail

Immediately, from the beginning, the visitor stops: the text is long. The director of the gallery, Marc Restellini, attempts to explain his ambitions: to offer a new vision on one of the greatest American artists of the twentieth century. Which impression will be the right one? That drowned by text or shown through the exhibition?
Jackson Pollock, Birth, 1938-41
© Adagp, Paris 2008
It does not take long before the following rooms give their response. Alas, we will be drowned.

One has to say that the exhibition has some extenuating circumstances. It simply reflects the gallery's location in Paris, elitist.

Indeed the creators of the exhibition did not think of the visitor, who risk themselves in coming, as an idiot. They take for granted the visitor's knowledge of Pollock (1912-1956).

One has to admit that the exhibition has been created with serious intention, without mocking the visitor, as well as making sure that the title keeps to its promise. Solidly, analysis is driven, paintings are supported by bushy comments and backed up with many references to art and psychoanalysis - the shaman has no secret for us anymore. One must remember that it is also one of the goals of an exhibition: to extend and deepen a subject. From this point of view, the exhibition is successful. It is short and in-depth.

But some 'step-back' is undoubtedly lacking in the exhibition as we risk losing ourselves in the exhaustiveness of the comments, missing the essential.
Jackson Pollock, Untitled, 1949
© Adagp, Paris 2008
Everything is indeed there. The abstract expressionism, the surrealism, the turning of the 1940's, and even some drippings (canvases that were placed on the ground in order to project or drip paint onto them, a technique that made Pollock famous). The exhibition is also an occasion to see artwork that often comes from the United States. Pollock's paintings, mostly dating from 1935-1945, interact with Amerindian art and religious objects. Under the charm, we also discover the surreal Masson, one of Pollock's greatest influences. Through paintings like Birth or Man, Bull, Bird, the exhibition shows how Pollock differs in his exploration of primitivism, favoured by painters in the first half of the twentieth century. It highlights the significant impact that this period of symbols had on all of his work.

Yes, this exhibition has something that is indigestible. One needs to decide to look, to appreciate the colours, the sharpened lines as well as the charming and primitive influences.

We need to say to ourselves, "Pollock's brush is worth it, do not be afraid". And we would be right.

"Jackson Pollock et le chamanisme": until the 19th February 2009.
Pinacothèque de Paris
28 place de la Madeleine, 75008 Paris, France
Open every day from 10.30am to 6.00pm, late night opening first Wednesday of every month.
Full price: 9 euros
Reduced price: 7 euros
Contact: +44 (0)1 42 68 02 01 or contact@pinacotheque.com
www.pinacotheque.com

Pollock dans le détail

Immédiatement, dès l’introduction, le visiteur s’arrête : le texte est long. Dès l’introduction également, le directeur de la Pinacothèque, Marc Restellini, affiche ses ambitions : offrir au plus large public une vision neuve sur l’un des plus grands artistes américains du XXe siècle. Quelle impression va s’avérer vraie ? Celle d’être noyé dans le texte ou celle d’une exposition destinée à un large public ?
Birth
c 1938-41
Huile sur toile
116,4 x 55,1 cm
Tate, Londres
© Pollock-Krasner Foundation Inc.
Photo © Tate, London 2008
Les pièces suivantes ne tardent pas à livrer leur réponse. On sera noyé. Hélas.

À moins que…

Il faut dire que l’exposition a des circonstances atténuantes. Elle est simplement à l’image du quartier, élitiste.

En effet, les concepteurs de l’exposition ne prennent pas le visiteur qui s’y risque pour un idiot. Ils tiennent pour acquise sa connaissance de Pollock (1912-1956).

Il faut l’avouer, cette exposition a été faite sérieusement, sans se moquer du visiteur, et le titre tient ses promesses. Solidement… Les analyses sont poussées, les toiles étayées par des commentaires touffus émaillés de nombreuses références aux arts et à la psychanalyse. Le chamanisme n’a plus de secrets pour nous. Et puis c’est aussi l’un des buts d’une exposition : approfondir un sujet. De ce point de vue, c’est réussi. Elle est courte et pointue.

Mais l’exposition manque indéniablement de recul et l’on risque, en se perdant dans l’exhaustivité des commentaires, de passer à côté de l’essentiel.
Untitled
1949
Huile et email sur toile montée sur masonite
45,7 x 58,4 cm
Collection particulière, Courtesy Knoedler & Compagny, New York
Car tout y est. L’expressionnisme abstrait, le surréalisme, le tournant des années 1940, et même quelques drippings (toiles que l’on a placées au sol pour y projeter la peinture, technique qui a rendu Pollock célèbre). L’exposition est l’occasion de voir des œuvres qui viennent souvent des États-Unis. Les toiles de Pollock, pour la plupart datant des années 1935-1945, dialoguent avec des objets d’art et de culte amérindien. Sous le charme, on y découvre aussi le surréaliste Masson, l’une des grandes influences de Pollock. À travers des toiles comme Birth ou Man, bull, bird, l’exposition montre ainsi comment Pollock se distingue dans son exploration du primitivisme, cher aux peintres dans la première moitié du XXe siècle. Elle met en évidence l’influence considérable qu’a eue cette période de symboles dans toute sa peinture.

Alors oui, cette exposition a quelque chose d’indigeste. À moins que l’on décide de regarder, d’apprécier les couleurs, les lignes heurtées, les influences charmantes et primitives.

À moins que l’on ne se dise : le pinceau de Pollock vaut le coup, n’ayons pas peur. Et l’on aura raison.

« Jackson Pollock et le chamanisme » : jusqu'au 15 février 2009.
Pinacothèque de Paris
28 place de la Madeleine – 75008 Paris
Tous les jours de 10h30 à 18h00, nocturnes tous les 1ers mercredis du mois.
Tarif plein : 9 euros
Tarif réduit : 7 euros
Contact : +33 (0)1 42 68 02 01 ou contact@pinacotheque.com
www.pinacotheque.com